TFTC Records et Diabi Taylorisme, "avant j'étais un nazi du Rap"

TFTC Records pour The French Touch Connection. Jeune label "Trip Hop mais pas que". On a rencontré Hervé et Alex, fondateurs du label et Diabi Taylorisme, beatmaker qui trainait dans les parages. Dis donc Jamy, comment on monte son label quand on est passionné de bon son ?

Un peu de contexte, quand même. TFTC s'est fait connaître avec ses compilations Trip Hop qu'on vous invite à écouter fissa. Bien entourés, Hervé et Alex signent cette année G.Bonson et accoquinent avec Jarring Effects pour éditer Jean du Voyage en vinyle.

 

 

La génèse de TFTC, c'est "une association", devenue label. Ca ressemble à une passion qui prend de l'ampleur... Est ce que vous êtes comme ces trentenaires qui faisaient du contrôle de gestion et qui ont fini par se demander quel était le sens de la vie et qui ont tout plaqué pour devenir fleuriste dans le Marais ?

Alex : Moi je bossais dans une pharmacie, je gérais les stocks… Mais j'avais commencé TFTC avec Hervé avant de lâcher mon boulot… Une fois au chômage j'ai du choisir : reprendre une formation ou développer TFTC.

Chez Watt : Tu as donc choisis de détourner l'argent de l'état. Bravo.
Hervé : Ceci dit on revient de Radio France, donc quelque part ils sont déjà au courant.
Chez Watt : Alors tout va bien. Et toi Hervé ?
Hervé : Moi je suis toujours salarié.
Alex : Lui c'est pire il est payé par son patron pour développer TFTC !
Hervé : Non non, je le fais à côté. Mais mes patrons sont au courant, ça va. 

 

Le label a été "officiellement" lancé il y a un an. Comment on drague les artistes quand on est tout jeune et comment s'est passé le dépucelage du label ?

Alex : En fait moi j'écoutais beaucoup de son, j'étais DJ et j'avais pas de tunes pour acheter des vinyles, alors je scratchais des instrus sur Youtube pour me faire plaisir… C'est comme ça que j'ai découvert l'étendue de la scène Trip-Hop. Ça m'a donné envie de créer une chaîne Youtube où je postais les perles que je trouvais. Petit à petit, je me suis fait des contacts avec des beatmakers, c'est d'ailleurs comme ça que j'ai rencontré Diabi Taylorisme.




Quand j'ai lancé l'idée de faire une première compile, on avait donc déjà pas mal de contacts. Aujourd'hui, on a sorti 4 compiles. La dernière, Mysterious Lanes, a un an et on avait que du beau monde (Flev, Doctor Flake, etc.)

Finalement, c'est les artistes qui nous ont soufflé l'idée du label. Ils avaient des projets qu'ils voulaient développer sur TFTC. Et nous ça nous disait bien de passer du numérique au vinyle, créer quelque chose de physique ! Et on a eu l'opportunité de se lancer en pressant l'album de Jean du Voyage en collaboration avec Jarring Effects.


 C'est quoi votre relation avec Jarring Effects, exactement ? Quel est leur intérêt à encourager votre développement si vous êtes en partie sur le même créneau ?

Alex : Et bien… C'est une bonne question. Je pense que c'était une façon pour eux de partager les risques. Jean du Voyage, c'est pas un High Tone… Pour nous c'était l'opportunité d'accéder à un artiste de leur catalogue et pour eux, l'occasion de diffuser un peu plus le travail d'un de leurs artistes.

Chez Watt : quelque part c'est étonnant que ce soit le petit label qui prenne les risques pour un label plus important, non ?

Alex : oui et non. Nous en tant que petits, on est obligés de prendre des risques. C'est comme ça qu'on va se démarquer.


 

Quand on lance un label, qu'est ce qui est le plus efficace en terme de communication : les stylos fantaisie ou les pin's parlants ? Quelle autre bonne idée pourriez-vous proposer au jeunes contrôleurs de gestion qui voudraient monter leur label ?

Hervé : non non… Vous êtes à côté de la question. Ce qui fait la différence, c'est la cravate imprimée parce que c'est ce qu'on voit en premier !
Et sinon au delà de ça, on est principalement connus par le web. Et de plus en plus on sollicite les radios. Comme Radio Chez Watt par exemple (ceci n'est pas une ndr, merci). On a aussi fait Radio Campus, Radio Beton et aujourd'hui on était chez Radio France. Le but c'est de multiplier les canaux pour diffuser au maximum les projets des artistes qu'on soutient. Si ça nous permet de vendre nos vinyles, tant mieux, mais pour l'instant on essaye surtout de faire connaître nos artistes, on ne raisonne pas en commerçants.

 

Si on va sur thefrenchtouchconnection.com, on peut lire "hip-hop, trip-hop, instrumental & others". Le others, c'est parce qu'en fait c'est dur de classer "Les Musclés" dans un style précis ?

Diabi : Moi je fais partie des démusclés, je ne peux pas répondre à cette question, je ne serai pas objectif.
Alex : Y'a tellement de mouvances à vrai dire que le "Others", c'est pour ne se fermer aucune portes. Souvent on nous demande de qualifier cette musique et… alors que franchement on s'en fout. Quand un disquaire nous demande dans quoi classer cette musique, on leur dit de la mettre où ils veulent…
Hervé : La musique évolue tellement que c'est pas très judicieux de vouloir tout classer. Pour mon père c'était simple, il rangeait Vangelis avec Tangerine Dream et c'était réglé.
Alex : Les artistes qu'on suit ont tous évolué en seulement 2 ans…
Diabi : Moi au début j'étais un nazi du rap, je me disais : JE FAIS TOUT EN 90BPM JAMAIS J'IRAI AU DELÀ. Mais le sampling aide à s'ouvrir, on cherche dans toutes les directions ça pousse à découvrir de nouvelles choses, à essayer de les reproduire et puis à créer quelque chose de nouveau avec.

 

Vous produisez du trip hop, parce que :

  • Réponse A : Par nostalgie du trip hop des années 90
  • Réponse B : Parce que vous pensez que c'est un style qui est en train de revenir
  • Réponse C : Ca n'a jamais cessé d'être d'actualité, tocard.
  • Réponse D : Je mets mon clignotant et je pique-nique sur le parking du Courte Paille de Nogent-sur-Oise.

 
Hervé : Moi j'écoute du trip hop depuis que  j'ai 16 ans. J'ai découvert Massive Attack et c'était parti. Je ne pense pas que le trip hop ai disparu, je pense surtout qu'on en parle mieux qu'avant.
Alex : Pareil, je ne pense pas qu'il ai eu une période ringard… De plus en plus les artistes hip hop n'hésitent pas, entre 2 prods hip hop pour des MCs, à balancer des EP trip hop.
Diabi : Et puis aujourd'hui avec les moyens qu'on a, on entend de plus en plus de prods de fou. C'était impensable de faire des choses aussi élaborées y'a quelques années. Le niveau a vraiment augmenté et le trip hop en a largement bénéficié.

 

Un label, une maison de disque, c'est une personnalité, un état d'esprit, c'est représentatif d'une mouvance, d'une époque parfois...
Alors on vous propose un petit exercice, on va vous citer des personnalités et vous allez nous dire sous quel label elles iraient bien.

Mélanie Laurent
Hervé : je la vois bien chez Polydor.
Zlatan Ibrahimovitch
Diabi : Def Jam. Une grosse pointure.
Dark Vador
Hervé : Chez Universal, normal. C'est… intergalactique.
Laurent Gerra
Hervé : Casse-couille Records, je crois.
Michel Houelbecq
Hervé : Je le verrais bien sur un label style Techno de Detroit…
Alex : Ou Project Mooncircle, un truc planant.
Nicolas Bedos
Hervé : je crois que c'est la deuxième signature de Casse-couille Records. Ou BMG avec des artistes qui n'ont pas de mérite.
Valérie Trierweller
Diabi : Je pense qu'elle est un peu partout, chez tous les gros labels.
 

 

Sur votre site, il y a une page "Artistes" : cette page est en cours de construction. Quels artistes vous êtes en train de construire et dans quel matériau ?

Alex : On a G.Bonson qui est solide. Je dirais qu'il est en béton armé. D'autres sont à venir mais on reste discrets...

 

 

L'EP de Jean du voyage était dispo en version digitale et maintenant en vinyle. Sur la version digitale, on entend le grain du vinyle sur certains morceaux. Mais quand on le sort en vinyle, est-ce qu'on doit remplacer ce son par un souffle de cassette audio, par exemple ? Si oui, pourquoi.

Hervé : Alors déjà il vaut mieux dire "Le EP de Jean du Voyage". Parce que sinon ça fait "Le pet de Jean du Voyage" et du coup c'est moins classe.
Alex : De toute façon, on peut faire autant de craquement de vinyle qu'on veut sur les versions digitales, on aura jamais la profondeur de son d'un vrai vinyle...

 

Les albums trip hop incontournables selon vous ?

En vrac :
Al Tarba - Lullabies For Insomniacs
Portishead - Dummy
Event II - Deltron 3030

 


Les trucs méconnus qui mériteraient d'être chez TFTC ?

Iodek, Beatmaker trop méconnu qui vient du Monténegro. Les mix de Souche... et aussi Kource à suivre ! Il faut aussi écouter Fana, une beatmakeuse de Toulouse et Monsieur Grandin.

 

Les trucs qui ne seront jamais chez TFTC mais que vous kiffez en secret ? 

Alex : Moi dans ma voiture j'écoute QUE Georges Brassens… Mais c'est pas trop honteux. Après je sais pas si ça peut rentrer dans les critères mais j'aime bien Pharell Williams. En fait, j'ai un peu honte donc j'ai bon.

Hervé : Moi quand je vais bosser, j'écoute James Deano - Le Fils Du Commissaire.

 

Merci TFTC, Alex, Hervé, continuez, on a hâte de la suite !

 

Plus d'infos :

Le site de TFTC Records

Le Soundcloud de TFTC Records

 


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